Samedi 17 mai 2008

L'absence de M. Sarkozy au sommet Europe-Amérique latine de Lima irrite les Latino-Américains

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Carlos est très déçu. Comme des millions de Péruviens, ce chauffeur de taxi espérait que Carla Bruni viendrait à Lima à l'occasion du sommet Union européenne-Amérique latine-Caraïbes qui se tient ici, vendredi 16 et samedi 17 mai. Ce ne sera pas le cas, puisque le président français Nicolas Sarkozy, changeant d'avis il y a trois semaines, a choisi de s'y faire représenter par François Fillon. Le premier ministre passera une douzaine d'heures à Lima en compagnie d'une cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement des deux continents, parmi lesquels la chancelière allemande Angela Merkel et le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero.

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Au delà de l'anecdote - le couple de l'Elysée fait ici, comme ailleurs, les beaux jours de la presse populaire -, le forfait présidentiel a surpris et irrité les dirigeants latino-américains. L'explication française, invoquant un "calendrier trop chargé", n'a convaincu personne. Aucune urgence de politique intérieure ne paraissait devoir empêcher le chef de l'Etat de passer une journée loin de Paris.

L'absence de M. Sarkozy est perçue comme une faute diplomatique. Pour une raison majeure : la France exercera à partir du 1er juillet la présidence tournante semestrielle de l'Union européenne (UE). Bien plus : dans la quasi-totalité des pays latino-américains, où la Slovénie, actuelle présidente en exercice de l'UE, n'a pas d'ambassade, elle assume cette fonction depuis le 1er janvier.

Le sommet de Lima est le cinquième du genre après ceux de Rio de Janeiro (1999), Madrid (2002), Guadalajara (2004) et Vienne (2006). C'est la seule rencontre régulière, de bloc à bloc, entre l'Europe et les pays d'un autre continent. Elle est axée cette année sur la lutte contre la pauvreté, l'inégalité, l'exclusion sociale et le réchauffement climatique. Ce sont des thèmes chers au président français. Il perd une occasion de les développer devant les dirigeants de 60 pays.

OCCASION MANQUÉE

Il manque aussi l'opportunité de réamorcer des contacts directs avec les présidents colombien Alvaro Uribe et vénézuélien Hugo Chavez pour tenter d'obtenir la libération d'Ingrid Betancourt, otage de la guérilla colombienne. En visite dans la région fin avril, le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, est, lui aussi, absent de Lima. Il a laissé sa place au secrétaire d'Etat aux affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet. On souligne, côté français, que la visite de M. Fillon est la première de haut rang au Pérou depuis celle du général de Gaulle en 1964. L'argument, réversible, témoigne aussi du désintérêt français, qu'une présence présidentielle aurait pu enfin contredire.

Connu pour ses diatribes, M. Chavez s'en est pris, à la veille du sommet, à Mme Merkel, l'accusant d'appartenir à "la même droite qui a soutenu Hitler".

Jean-Pierre Langellier
Article paru dans l'édition du 17.05.08.
par Anaïs publié dans : le Pérou vu de la France
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